Analyse | L’avenir de Québec solidaire en jeu
Québec solidaire n’est pas le parti d’un seul homme et l’organisation survivra bien sûr au départ de son chef parlementaire, fût-il le plus illustre de ses députés. La décision de Gabriel Nadeau-Dubois de ne pas solliciter de nouveau mandat n’en constitue pas moins un très dur coup pour la formation politique. Quand Françoise David avait quitté ses fonctions en 2017, les yeux s’étaient naturellement tournés vers Gabriel Nadeau-Dubois. La figure de proue du printemps érable était déjà connue du grand public; elle semblait surtout douée d’un immense talent pour la politique. Le parti était en croissance. Le pouvoir achevait d’user le Parti libéral du Québec et le Parti québécois paraissait voué à un inévitable déclin. En coulisses, des stratèges de Québec solidaire rêvaient d’un réalignement des forces politiques, où la compétition se déroulerait dorénavant entre eux et la Coalition avenir Québec. L’avenir semble beaucoup moins radieux aujourd’hui. Même si le caucus compte des députés de talent, personne ne s’impose a priori comme successeur naturel de Gabriel Nadeau-Dubois. Pire, certains députés soupèsent ouvertement leurs options et ne cachent pas leur ambition d’aller voir ailleurs. C’est sans compter l’état général du parti. Des sondages récents placent Québec solidaire en cinquième place dans les intentions de vote, derrière le Parti conservateur du Québec. À cela s’ajoute le famélique 4,6 % d’appui obtenu lundi dans la circonscription de Terrebonne. Dans un message publié en ligne après sa défaite, la candidate Nadia Poirier s’est vidé le cœur, déplorant que le parti l’ait ni plus ni moins laissée à elle-même. Aucun des 12 députés du caucus, exception faite de Ruba Ghazal, n’a cru bon de se déplacer pour la soutenir durant la campagne. Certains gestes en disent plus que les mots. L’organisation plaide qu’elle savait la circonscription perdue d’avance, qu’elle a voulu garder ses munitions pour la suite. Or, c’est précisément là le problème. Par sa composition démographique, Terrebonne est à l’image d’une bonne partie du Québec. En renonçant à y avoir la moindre ambition, QS renonce par le fait même à conquérir le pouvoir. Depuis longtemps déjà, la cohésion du parti est minée par le bras de fer qui se déroule en coulisses. Gabriel Nadeau-Dubois souhaite transformer Québec solidaire en Le dilemme n’a rien de nouveau, mais il a pris une tournure plus personnelle ces dernières années. Catherine Dorion et Émilise Lessard-Therrien ne se sont pas gênées pour dire franchement ce qu’elles pensaient de leur ancien collègue et de ses façons de faire. Catherine Dorion a durement critiqué Gabriel Nadeau-Dubois dans son livre intitulé «Les têtes brûlées». Photo : Radio-Canada / Guillaume Cyr La première a choisi de ne pas solliciter de nouveau mandat, tandis que la deuxième a démissionné de son poste de co-porte-parole quelques mois à peine après avoir été élue. Les deux femmes reprochent à Toutes les énergies mobilisées par ces déchirements sont autant de ressources que le parti ne peut canaliser pour convaincre les Québécois du bien-fondé de ses idées. La tenue d’une troisième course au poste de co-porte-parole en autant d’années risque d’avoir la même conséquence. La grande question est bien sûr de savoir ce qui adviendra des chantiers entrepris pour recentrer le parti. Québec solidaire a déjà réformé ses statuts afin d’en alléger les structures. La prochaine étape consiste à faire du ménage dans son volumineux programme pour en éliminer les aspérités. La réforme amorcée survivra-t-elle au départ de Gabriel Nadeau-Dubois? Même s’il se défend d’abandonner les siens, le principal intéressé ne sera plus là, dans tous les cas, pour poursuivre le travail qu’il a amorcé. Fraîchement choisie co-porte-parole féminine du parti, Ruba Ghazal en est encore à faire ses marques. La députée avait montré une certaine pugnacité lors de la course qui l’avait opposée à Émilise Lessard-Therrien et à Christine Labrie. Elle pourrait surprendre aux prochaines élections, mais encore faudra-t-il que son parti ne se mette pas en travers de son chemin. Ruba Ghazal s’était illustrée par sa pugnacité lors de la course qui l’avait opposée à Émilise Lessard-Therrien et à Christine Labrie, en 2023. Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot Au-delà des problèmes propres à Québec solidaire, il n’en demeure pas moins que les succès de la droite ont été plus nombreux que ceux de la gauche ces derniers temps, et ce, dans de nombreux pays et États, un peu partout dans le monde. Convaincre les électeurs de prendre le chemin inverse s’annonce particulièrement difficile, dans un contexte d’instabilité économique et sécuritaire. Y parvenir tout en ayant à combattre des guerres intestines serait tout à fait hasardeux.Combats internes
parti de gouvernement
, ce qui implique faire des choix et des compromis. D’autres veulent au contraire que Québec solidaire demeure fidèle aux grands idéaux qu’il a toujours défendus, quitte à rester confiné à une certaine marginalité.L’élan qui me portait depuis 15 ans s’est arrêté, je suis usé
, a témoigné le co-porte-parole sortant, au moment d’annoncer son départ. Évoquant les crises successives
, il ne semble plus croire qu’il est possible de réformer le parti.
GND
et à son entourage d’en mener trop large en cherchant à imposer leur vision du parti.Quel avenir à partir de maintenant?

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